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Il était une fois dans l'oued

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Jour 1

Enfin la vraie course commence. Dimanche matin, premier petit déjeuner en autonomie pour lequel j’avais prévu large, puisque nous ne le portons pas. Il était trop copieux, car j’aurai quelques légères difficultés à le digérer. A moins que ça ne soit le stress du départ.
Récupération des bouteilles d’eau avec la carte de rationnement à faire poinçonner. Et gare aux mauvais gestionnaires, car l’eau doit servir pour tout : boisson, repas, toilette, lessive. Vous pouvez toujours obtenir de l’eau supplémentaire (en plus des 9 bouteilles fournies dans la journée), mais cela vous coutera une pénalité de 30 minutes.

Nous voilà sur la ligne de départ, prêts à affronter cette immensité de sable et de cailloux, à nous lancer vers l’inconnu pour beaucoup. Pour moi c’est une nouvelle aventure qui promet d'être riche et intense. Mais est-ce vraiment une aventure ? Quand tout est cadré, sécurisé, organisé, planifié, il reste peu de place pour l'improvisation et les surprises. Dommage. C'est la rançon du succès.

5-4-3-2-1… C'est parti !
Grande émotion, premières foulées vers mon destin de la semaine, dans l'expectative de vivre des moments inoubliables, mais sans trop savoir à quoi m’attendre, car c’est un pas vers l’inconnu.

Vais-je tenir le coup ? Aurai-je assez à manger ? Et les ampoules ? Va-t-il faire froid la nuit ? Faut-il marcher ou courir, sachant que je n’ai aucune ambition pour le classement ? Autant d’interrogations qui tourbillonnent dans ma tête et qui n’ont aucune réponse pour le moment. Elles viendront au fur et à mesure.

Je me décide à courir pour démarrer, pour faire bonne figure, parce que presque tout le monde court, et qu’on est venus pour se donner. Et puis le cameraman de l’hélicoptère est en train de nous filmer… Mais dès les premières zones de sable, je comprends que ma fougue va se calmer. Et puis, je ne veux pas surestimer ma forme physique, car je tiens à arriver au bout : c’est le seul objectif que je me suis fixé.  Mais cette fois-ci j’ai la conviction que je serai sur la ligne d’arrivée, quoiqu’il arrive. Durant mes autres aventures (Diagonale des Fous, Voyage à vélo vers l’Arménie, etc.) j’avais plus de doutes avant le départ sur mes chances de succès, mais cette fois-ci la conviction est venue avant. Malgré tous les écueils de la préparation.

Car il y a moins de 3 semaines, j’étais une loque sur le canapé avec 39° de fièvre, et une activité physique réduite au minimum. Toux, fatigue, début de rhume… Un virus ressemblant à la grippe qui s’est installé pendant 15 jours. Pas bon pour le corps ni pour le moral. C’est seulement 3-4 jours avant le départ que j’ai retrouvé mon état normal. Et que dire de la préparation stoppée en janvier, quand mon genou gauche s’est mis à enfler ? Sans parler de mon accident à vélo (elliptique) : une voiture m’a renversé en octobre, provoquant des contusions aux genoux, bras, poitrine, et nécessitant quelques points de suture… encore 3 semaines de relâche. Sans oublier la prostatite violente de l’été 2015, juste quand je commençais la préparation pour le MDS après le GR20. Mais on ne va pas s’arrêter à cause de ces petits ennuis passagers.

Aussi je ne veux pas brûler les étapes, me mettre dans le rouge dès le début. On verra sur la fin.

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© MDS

Alors quand dans cette première étape, après 2 km on attaque les 12 km de ces dunes réputées, les plus hautes du Maroc, je marche tranquillement. C’est aussi pour profiter du paysage. On est venus là pour s’en mettre plein les yeux également, non ?

Nous sommes pleinement maintenant dans le vrai Marathon des Sables. Un sable mou, infini, volatile, coloré, moelleux, et pourtant si redouté. 12 km d’initiation. Et s’il n’y avait que le sable. Mais voilà que le vent se met également à vouloir sa part, et de face en plus. Quasiment une tempête. Je redoute le moment où il faudrait sortir la boussole, car je ne m’en suis jamais servi. Ces grains jaunâtres nous fouettent la figure, nous plongent d’un coup dans l’ambiance du désert en révolte, et le vent nous dessèche. Mais pas question de se défiler. Il faut avancer. Ce ne sera pas le cas de tous, malheureusement, et il y aura beaucoup d’abandons à la fin de la journée. 

On lutte avec les éléments. Nous sommes impuissants devant une telle force. La progression est difficile, mais il faut s’accrocher. 

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Aux points de contrôle, les bénévoles et organisateurs nous appellent tous par notre prénom pour nous accueillir et nous encourager. Au début, ça surprend, mais notre prénom est inscrit en gros sur notre dossard. Belle initiative ! Même si on s’y habitue un peu vers la fin, c’est toujours valorisant et réconfortant de s’entendre interpeller directement et personnellement dans un tel contexte : comme si on se connaissait depuis longtemps. Une relation instantanée se crée, et c’est tant mieux car on ne va les voir que quelques secondes ou quelques minutes. 

Après un passage un peu rocailleux, nous traversons le vieux village de M’Fiss. Un peu plus tard, de nouveau 3 km de ces dunes voluptueuses, avec toujours des rafales de vent, avant d’arriver au terme de l’étape, à l’erg Znaigui. Surprise : un verre de thé nous attend juste après l’arrivée. Réconfortant !

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Bilan : 34 km, pas de difficultés insurmontables, pas de problèmes aux pieds, juste une douleur vers l’omoplate droite. Le poids du sac probablement. Pourtant je me suis entrainé de longues heures sans jamais avoir de problème majeur, avec un sac chargé de bouteilles d’eau pour faire du poids, jusqu’à 10 kg. Peut-être trop ?

Le soir, c’est l’apprentissage du repas au bivouac, avec le cérémonial du feu. La tribu de la tente 63 s’organise. Comme j’arrive le dernier, tout est déjà prêt : sol nettoyé, feu prêt à démarrer. Je suis un peu gêné de ne pas avoir pu donner un coup de main.
Première chose : se reposer les jambes, manger et boire pour compenser les pertes hydriques et caloriques. C’est important de le faire dans les 30 minutes qui suivent l’effort. Puis une petite toilette succincte, debout au milieu de l’immensité du désert.
Ce sera le rituel à chaque arrivée.

Le feu allumé, chacun met son eau à bouillir pour préparer le repas de son menu. Pour moi, ce soir, c’est poisson à la provençale avec du riz, et mousse au chocolat comme dessert, avec un petit biscuit. Il ne faut surtout pas se laisser aller. C’est bon pour le corps et le moral. Pour Florian, ce sera taboulé, puis taboulé au petit-déjeuner, puis taboulé le soir, et comme ça toute la semaine. Jusqu’à en être écoeuré et faire des échanges avec les voisins ! Il voulait éviter d’avoir à chauffer de l’eau.

Puis c’est le moment de se glisser dans les plumes du sac de couchage. Sans oublier de mettre des bouchons d’oreilles. Ils seront utiles pour ne pas entendre le vent, les bruits, l’agitation nocturne des espagnols de la tente d’en face, ou les doux ronflements de nos voisins. Efficace et indispensable.

Certains utilisent des somnifères pour mieux dormir. Je n’ai pas prévu ce genre d’artifice aux conséquences secondaires parfois incontrôlables.

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Mais je n’ai pas l’habitude de dormir aussi tôt, même si je suis le dernier à me coucher. La fatigue me donnera tort. Le sommeil me prend de suite. Toutefois je vais être réveillé vers 4-5h, en attendant le lever officiel à 6h, quand les marocains commencent à démonter les tentes. Pas le temps de trainer !

Il faut chercher son eau avec sa carte, prendre le petit déjeuner, se préparer, vérifier ses chaussures au cas où un scorpion y aurait élu domicile pendant la nuit, contrôler ses pieds, ranger son sac, préparer ses gourdes, mettre un peu de crème solaire si on la trouve…

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