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De toutes nos forces

Jour 2 - Rituel et routine

Lundi. Nouveau départ pour cette 2e étape de 41km. Moins de sable annoncé, moins de vent, mais plus de chaleur. Le thermomètre dépassera les 40° dans la semaine.
Je prends mes habitudes et je me place sur le côté gauche pour le départ. 

Alors que nous avançons, je remarque un participant qui court la main droite reliée à la concurrente qui se trouve à ses côtés. C’est un aveugle. Je le rejoins et engage la conversation avec lui. Quel courage pour s’engager dans une telle course en étant privé de ce sens essentiel ! Il faut une parfaite confiance dans son partenaire et beaucoup de volonté. Un exemple. Surtout qu’il participe pour la 12e fois.

Il y a également Duncan, membre de la Royal Air Force, qui a perdu ses jambes en Afghanistan. Il va courir avec ses prothèses, pour soutenir l’association "Walking with the wounded" (Marcher avec les blessés). Comment moi, avec toutes mes facultés, pourrais-je encore me plaindre ou trouver le parcours trop dur ? Cette réflexion sera une motivation supplémentaire dans les moments difficiles. Si des personnes handicapées peuvent participer et terminer une telle aventure, je n’ai aucune raison de ne pas y arriver, du moment que je me suis préparé. Cette année il y a également, pour la première fois, une équipe de sourds-muets qui est présente. Tous les briefings sont d’ailleurs traduits en langue des signes.

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A un moment nous passons près d’un village. On se demande de quoi vivent les gens dans un tel environnement. Il y a des enfants qui sont là sur le bord de la piste pour nous regarder traverser, et peut-être rêver un peu à tout ce que nous véhiculons comme image et désirs. Le rêve d’une vie soit-disant meilleure ailleurs. Du reste, ils nous réclament de l’argent… Je ne m’attendais pas à cette réaction. Et ce sera le cas à chaque fois que nous allons croiser des enfants. Je me donne pour règle de saluer les autochtones que je vais croiser sur ma route. Peut-être une manière inconsciente de m’excuser de venir troubler leur sérénité, de m’immiscer dans leur quotidien. Ils n’ont rien demandé, et doivent s’interroger sur ces hommes et femmes, coureurs, équipés de matériel parfois coûteux, qui prennent plaisir à souffrir. Paradoxe des pays du nord, face aux pays du sud.

Qu’est-ce qui nous pousse à relever de tels défis, à délaisser notre confort dont les populations d’ici rêveraient de bénéficier ? Le dépassement de soi, sentir qu’on existe vraiment, la performance, le désir de soutenir une cause ?

Chacun va chercher sa propre réponse au fond de soi, avec le désert pour champ de réflexion. C’est l’occasion d’examiner ses motivations : l’envie de plonger dans l’inconnu, de vivre hors du temps, de délaisser ses habitudes… Ou de revivre des moments loin de notre horizon quotidien limitant, comme Christian que je dépasse à mi-étape. Il a mon âge, il n’est pas très en forme aujourd’hui et n’arrive pas à avancer comme il le voudrait. Je l’encourage. C’est sa 29e participation. Ou Laurent : « Je voulais goûter de nouveau à l’ivresse du désert. Ça vous marque longtemps. »

Je me force un peu à sortir de mon attitude réservée légendaire pour aborder les participants que je rejoins. Je les interpelle par leur prénom (facile, il suffit de lire), et pose une simple question, en anglais ou en français suivant le pays d’origine. Pour m’inquiéter de leur état, pour en savoir plus sur leur motivation. Des échanges fructueux et enrichissants. 

Comme hier, je cours quasiment jusqu’au CheckPoint 1, et dans la dernière portion du parcours. Entre les deux, il y aura quelques moments difficiles. C’est une étape plus rapide et plus chaude qu’hier, même si la chaleur ne me dérange pas.

La piste est bien signalisée par des panneaux tous différents : presque des petites oeuvres d’art, parfois. Je serais curieux de savoir qui est à l’origine de ce concept. C’est peut-être pour briser la monotonie, et capter l’attention des coureurs. Il y a tout le temps du monde (du moins à mon niveau) et il faut le vouloir pour se perdre. Même de nuit pendant l’étape longue du mercredi.


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Arrivée au bivouac et rituel du soir : repos, collation, toilette, repas, avant de me glisser doucement et avec délectation dans ce sac qui va me réchauffer et me protéger pour la nuit. Sans oublier les bouchons d’oreilles pour être au calme, et mon bonnet : il fait toujours un peu frais le matin.


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