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FRANCE

PARCOURS global sur la carte


21 juillet : Montélier - Valence - Les Roches de Condrieu 
94 kms / 5h24 / 110m

L'aventure a commencé. Quel départ ! Un énorme merci à tous les amis qui sont venus m'entourer pour cette journée unique et intense. La nuit d'avant avait été courte mais bonne. Les préparatifs ont été intensifs et sans relâche, avec tous les petits détails à régler. Cela n'empêche pas quelques oublis dans la précipitation.
De Belgique, de Montélier, de Valence, de l'Ardèche, cela a fait chaud au coeur d'être entouré.
La présence de différents journalistes (France 2, RCF, Drome Hebdo, Dauphiné Libéré, Vu du Kiosque) a modifié un peu le programme, mais c'était avec plaisir. De ce fait je suis parti avec 1h30 de retard. Merci à ceux qui m'ont accompagné un bout de chemin, à vélo ou à roller, merci à Roger et Jean-Paul qui m'ont suivi jusqu'à Sarras. Super !









Avec un vent de face par moment impressionnant, c'était un début mémorable. En fin d'après-midi je suis arrivé chez Anne & Yves qui m'ont accueilli dans leur superbe maison restaurée, pas loin du Rhône vers Condrieu. Un bon repas (avec des sirops et glaces faites maison), une bonne nuit et c'est reparti.


En 2011, en pensant à mes aventures, j'avais l'impression que les moments les plus importants, ou plutôt marquants seraient, pour la Diagonale des Fous, l'arrivée (ce qui a été le cas..) et pour ce voyage le départ. Pourquoi ? Je ne sais pas exactement, je vous le dirais à l'arrivée ! Mais le fait de partir de chez soi à vélo, et imaginer que le but de cette balade n'est pas Valence, ou St Peray, ou une ville proche, mais un endroit que l'on imagine difficilement atteindre sans prendre l'avion, cela parait quelque part inimaginable, même pour moi. Et aussi se dire que je ne vais plus revoir ma famille et les amis pendants plusieurs semaines est aussi un élément important, ce qui n'était pas le cas pour La Réunion.
Pour les photos, je n'ai pas grand chose pour le moment, mais dès que j'aurais celles qui ont été prises, je mes mettrais en ligne.

Je voulais mettre au moins les quelques unes prises avec mon appareil, mais je viens de m'apercevoir en voulant les récupérer qu'il n'y avait pas de carte mémoire, et donc apparemment aucune photo. Peut-être qu'il y a une mémoire interne…
Ca commence bien !!

22 juillet : Les Roches de Condrieu - Bourg-en-Bresse
102 kms / 6h12 / 275 m

Une journée bien chargée. Direction Lyon pour une première étape de 50 kms. Toujours le vent de face.
Au fait, vous vous souvenez de mes posts précédents ?  J'ai pu faire à peu près tout ce que j'avais à finaliser. L'alarme piscine, je l'ai installée. Mais désolée si elle ne marche pas malgré tous les tests. Quand à la VMC, je n'ai pas eu le temps. Est-ce qu'il y aurait peut-être une âme charitable et bricoleuse qui aurait quelques minutes pour que ma femme ne râle pas trop après moi ? Il suffit juste d'enlever quelques tuiles, descendre dans les combles, enlever la forêt de toiles d'araignées, suspendre la VMC, rebrancher les bons câbles avec les bonnes couleurs, et hop c'est reparti. Prenez contact avec ma femme et elle vous donnera les détails. Elle pourra probablement vous inviter à manger, alors demandez lui de faire en dessert Sa mousse au chocolat. La meilleure que j'ai jamais mangée. Vous ne regretterez pas d'être venu installer une VMC. Une seule personne suffit… Sinon il n'y aura pas assez de mousse, car vous ne voudrez pas partager.


Ce matin arrêt à Lyon, à L'Eglise Evangélique Arménienne qui est aussi le siège de l'association Espoir pour l'Arménie. En fin de matinée j'interviens pour présenter mon voyage, devant un public un peu clairsemé en raison des vacances. 


Ensuite je suis invité à partager le repas chez le nouveau trésorier de l'association, Ari (mon traducteur ici à droite). 
C'est quand même étonnant comment les besoins en calories se font sentir naturellement. Le week-end passé j'avais perdu presque 3 kgs en arrivant. SI vous cherchez un régime, venez m'accompagner…

Un succulent repas partagé avec sa femme et sa fille, au cours duquel on se découvre des connaissances communes, en comprenant une fois de plus que tous les arméniens ont des liens de famille à différents niveaux !
Ari m'emmène ensuite pour une petite visite des "grattes-ciel" de Villeurbanne. Une construction étonnante datant des années 30, ressemblant, en miniature, aux grattes-ciel de New-York. Puis petit arrêt à la Part Dieu pour récupérer quelques devises pour différents pays traversés. Départ du centre de Lyon vers les 15h. Heureusement c'est dimanche, et la circulation est tranquille pour sortir de la ville. Direction Bourg-en-Bresse pour traverser le pays des poulets. Je croyais que le mistral était réservé à la vallée du Rhône, mais c'est faux… Il n'a peut-être pas le même nom ici, mais le vent est encore là, et la moyenne s'en ressent.  En fin d'après-midi je recherche un endroit tranquille pour dormir. Ce sera au bord d'un des nombreux étangs de la région. Bien sûr il y a déjà du monde présent : les oiseaux, de nombreuses espèces, mais aussi les moustiques. Voyez la taille de la colonie du secteur…. Celui-là a réussi à entrer dans la tente…





En général il ne m'aiment pas trop, donc cela ne devrait pas poser de problème. Je mets en place mon campement et mon réchaud, et là surprise. Le jet d'essence est anormal, et je me fais doucher la tête…  Je recommence, pareil. J'essaie de l'allumer quand même, et une énorme flamme jaillit tout droit…. Je réessaye, et là j'ai failli mettre le feu à la forêt… L'essence qui s'était échappée était tombée sur les feuilles mortes et tout s'embrase. Mais c'est vite éteint, rassurez-vous.
Déjà en panne ? Après inspection, je comprends qu'il manque une pièce, et je la cherche partout dans les sacoches, et en remuant toutes les feuilles au sol. En vain. J'appelle alors mon fils à Montélier pour lui demander de regarder à l'endroit où je l'ai testé la dernière fois. Et il retrouve la pièce. Il va falloir s'organiser pour la récupérer. Première galère. C'est aussi ça l'aventure.




23 Juillet : Bourg en Bresse - Monay
104 kms / 6h20 / 600 m

Après une nuit tranquille, direction Bourg-en-Bresse ou de nombreux souvenirs reviennent. En effet, c'est dans cette ville que nous avons organisé des festivals Sephora (1984 - 1987 - 1989), au Parc des Expositions. C'est là que ce festival a pris toute son ampleur, pour réunir presque 3000 jeunes le week-end de Pentecôte. Des souvenirs qui ont marqué ma vie (et qui vont l'écourter…  vu l'énergie et le stress déployé pour ces manifestations, chaque édition m'aura fait perdre 1 an de vie !!). Mais encore aujourd'hui, je suis régulièrement interpellé par des "anciens jeunes" pour qui ces événements ont été un tournant dans leur vie.
Cela fait drôle de traverser cette ville en vélo. Je crois que je commence à entrer tout doucement dans ce voyage. Le fait d'arriver sur des routes ou je ne suis jamais passé à vélo, découvrir l'inconnu, donne un vrai ton d'aventure à ce périple. 
Je squatte un peu au restaurant des deux arches jaunes pour boire un thé, histoire de me connecter. Et là, mauvaise surprise : je ne peux pas mettre à jour le site, alors que j'avais fait tous les tests… Il va falloir trouver une solution rapidement. Nouvelle galère.
Tant pis, je repars sur les routes en empruntant la nationale, je n'ai pas trop le choix. Et là je vois mon petit Foxy qui commence à s'agiter. Foxy, vous ne le connaissez pas ?…
Il est venu se joindre au voyage à la dernière minute. Presque un passager clandestin. Mais il n'est pas seul. Foxelle est aussi arrivée en même temps, mais elle va rester en France avec Françoise, et ils vont se rejoindre tous les deux en Arménie, et elle restera là-bas pour toujours pour les enfants de l'école.
Donc il s'est installé derrière le siège et dans cette étape il a voulu se cacher un peu. Effrayé. Ebouriffé. Laissons lui la parole "Bonjour. J'essaierai de temps en temps de vous raconter ma vision des choses et pas celle peut-être un peu déformée ou arrangée du cycliste. Quand on s'est retrouvés sur cette route, je n'imaginais pas le calvaire que cela allait être. Je lui avais dit de ne pas y aller. Mais il voulait faire au plus vite. Je me faisais tout petit pour ne pas être constamment retourné par ces monstres métalliques qui surgissaient de l'arrière, amenant avec eux un ouragan qui faisait bouger jusqu'à la racine de mes poils. Qu'ont-ils tous à vouloir aller si vite ? Mais un pauvre vélo couché, sur un des chemins ou ils peuvent même se mettre à 4 pour rouler en même temps (2 de chaque coté), ça ne fait pas le poids. Et je ne parle pas des montées. A peine 8-9 km/h parfois, et ces petits ou gros monstres (certains même avec un deuxième accroché à leur derrière) qui nous dépassaient à plus de 100km/h. Je m'en souviendrais. Le pire, c'est quand nous sommes sortis de ce chemin infernal. Nous arrivions à un croisement, et là un autre - petit - monstre métallique s'arrête, puisque normalement il devait nous laisser passer. Mais au dernier moment il repart, et nous frôle, en nous criant au passage "espèce de taré". Je ne sais pas à qui c'était destiné, à moi, à Marc, ou au vélo, mais en tous cas il a failli nous faire tomber".



Après cet épisode qui a duré plusieurs heures, nous voilà enfin arrivés dans un petit village sympathique, ou je demande de l'eau à des personnes discutant devant leur maison. Et la dame me dit qu'elle m'a vu dans la montée en sortant de Lons-Le-Saunier, en se demandait ou j'allais comme ça. Je m'empresse de lui donner la réponse. "Et vous allez dormir ou ce soir ?  - Je ne sais pas encore - Si vous voulez, nous avons un bout de terrain et vous pouvez vous installer…" J'étais justement en train de chercher un coin tranquille ! Formidable ! Première invitation spontanée.
Son beau-frère m'emmène chez lui et me raconte un peu sa vie, ses soucis, son origine portugaise. Sa femme vient de faire un AVC le matin, elle est encore à l'hôpital en observation mais ce n'est pas si grave que ça, heureusement. Un bricoleur génial qui a tout fait dans cette maison de famille qu'ils habitent, vieille d'au moins 400 ans. 
Il se fait prendre en photo sur mon vélo, mais quand on n'a jamais essayé, cela peut réserver des surprises... En l'occurrence il tombe et s'abime un peu un doigt. Heureusement le vélo n'a rien.
Il m'invite gentiment à utiliser sa douche, et ensuite à partager leur repas. Avec dégustation unique du vin bio (rouge et blanc) de leur vigne que l'on voit en face. Heureusement je n'avais plus que 20 m pour rejoindre ma tente…
Après une bonne nuit, lever avec une mauvaise surprise : mon téléphone ne marche plus. Il a pris l'eau dans la nuit. Je me souviens que j'ai pris la bouteille pour boire, et un peu d'eau s'est renversée. Et le téléphone était juste à coté…  Impossible de remettre la main sur la deuxième batterie que j'avais mise de coté. Il y a tellement de bazar dans mes sacoches !  Edouard sort son sèche-cheveux et réchauffe le portable, mais rien n'y fait. J'attendais des coups de fils importants pour des rdv dans la journée..
Avant de partir, il me donne de magnifiques fruits de son jardin de Toulouse.
Merci les amis ! Une nouvelle aventure commence aujourd'hui.

24 Juillet : Monay - Roche les Beaupré  
98 kms / 5h 32 / 250 m

Après cette halte appréciée, je reprends mon périple. Direction le nord pour rattraper l'eurovélo 6, la véloroute de Nantes à Constanza ( Roumanie). Maintenant il n'y a que des petites routes de campagne.

Arrivé à Arc et Senans, je m'arrête pour quelques photos. C'est un lieu splendide, anciennes salines, chargé d'histoire. Je les avais visitées lors de ma recherche d'un lieu pour le festival Sephora. En raison de mes problèmes de téléphone, je me rends à la mairie pour demander à utiliser leur ligne. La secrétaire est un peu surprise et demande l'adjoint à qui je réexplique mon histoire. Il a quand même l'air de me croire. Il m'emmène dans son bureau pour que je puisse appeler France 3 et l'Est républicain, après lui avoir montré mon vélo (et là je m'aperçois que j'avais encore laissé accroché sur le mat du drapeau avec des pinces à linge mon gant de toilette… et le reste de la lessive. Je vous laisse deviner…). Les médias sont intéressés, mais il faut rappeler…




Avec un grand bonheur je rattrape enfin cette fameuse voie verte. Après l'enfer, c'est le paradis. Une petite voie uniquement réservée aux vélos et piétons, le long des canaux ou du Doubs. On y roulerai des kilomètres. Vers 13h je ne vois pas grand monde. Je pense que c'est le repas, mais je réalise qu'il fait une chaleur terrible (peut-être 35° ?) et que ce doit être pour cette raison. Pour moi pas de problème, cela ne me dérange pas, je continue.

Besançon se rapproche, et je fonce. Il faut que je trouve un téléphone. Je passe devant un magasin de vélo et on me gratifie d'un grand bonjour. 300 m après je fais demi-tour et vient leur demander ce service. Bien m'en a pris. Une équipe super sympa, et on se trouve de suite des connaissances communes, surtout que Olivier, le mécano, est modérateur sur Le forum du vélo couché. Il connait Jean-Pierre Magnan, l'ingénieux constructeur de vélos en tous genres. Il me dépanne gentiment avec son téléphone, pendant que son collègue examine mon vélo pour voir s'il est bien équipé et s'il n'y a rien à me vendre… Verdict : bon pour le périple. Dommage, je n'ai pas le temps de m'arrêter. En tous cas si vous passez dans ce coin, LE RELAIS VELO c'est juste un peu avant d'arriver à Besançon sur la véloroute. N'hésitez pas à faire une halte, il fait aussi petit snack.

J'arrive donc au bureau de l'Est Républicain en plein centre ville. Evidemment avec mon vélo, mon drapeau et mon chargement, la plupart des gens se retournent sur mon passage. 
Accueil sympathique de la journaliste (voir article dans la rubrique Médias), et ensuite séance photo avec le photographe de la maison. Comme je n'ai pas de téléphone, je ne peux pas rappeler France 3. Alors je me rends directement à leurs bureaux avec mon vélo. J'arrive à l'accueil "A c'est vous le monsieur en vélo couché ?" Ok, je suis repéré (comment elle a deviné ?). Après différentes rencontres et attente 45mn, le journaliste revient et me dit que c'est ok. Je les suis donc derrière leur voiture pour retourner sur la voie vélo. Le caméraman s'installe dans le coffre du break, et c'est parti pour un travelling le long du Doubs. Ensuite petite interview et puis c'est bouclé. Cela devrait passer aux JT Franche-Comté ce soir. En tout cas cela aura servi au journaliste, qui découvre ce cadre idéal pour faire du vélo à coté de chez lui, et décide de venir là au lieu de rester devant sa télé.
Mais la pause à Besançon n'est pas finie. Petite traversée de la ville pour aller à la librairie/commerce équitable l'Exèdre, un de mes clients (je vous conseille d'aller les voir, un magnifique choix). Sur la route, je me fais interpeller par un homme qui me demande ce que je fais. Je lui explique en deux mots. "Vous avez 10 mn ? je suis journaliste sur une radio et je vous propose de faire un interview". On se retrouve donc sur un parking, micro à la main pour un quart d'heure de questions-réponses pour Radio Shalom de Besançon. Cette radio a choisi cette appellation pour la signification de mot hébreu (la paix) pour promouvoir la paix et les bonnes relations entre les hommes. 

Après cet intermède je continue ma route pour me rendre enfin à l'Exèdre, ou je dois récupérer un colis (merci Jean-Luc) avec quelques petites affaires oubliées… (dont la fameuse pièce pour le réchaud - voir le 22 juillet)). Je prends mes affaires
et fais le tour du magasin. On en profite pour discuter un peu sur la situation du marché. Et à ce moment Martine s'avance vers moi en me tendant la main et dit "Il y avait ça au fond du colis…" la pièce pour laquelle j'ai fait envoyer le paquet ! Je suis vraiment de plus en plus étourdi, ou je perds la mémoire.

Il est déjà 18h et je suis toujours en centre ville. Je reprends ma monture pour continuer un petit peu et chercher un coin ou planter la tente.  Il faut aussi faire le plein d'eau. A la maison, on ne se pose pas la question. Il suffit d'aller au robinet et de l'ouvrir. Dans ce contexte, tout est différent : on est dépendant en partie des autres. Et il faut calculer de ne pas prendre l'eau trop tôt pour ne pas se charger, ainsi qu'évaluer les besoins pour le repas et la toilette. Mon choix se porte vers une petite grand-mère assise au bord de la route. Elle m'accueille avec plaisir et m'offre une boisson et des gâteaux. Et elle me raconte sa vie. Aujourd'hui elle voyage par procuration avec les cyclistes qui passent devant chez elle. La dernière histoire, c'est ce turc avec une remorque, qui ne parle pas un mot de français et qui lui demande un repas car il est affamé. 
Elle s'est mariée à Abidjan, a vécu dans différents pays du monde, et est finalement revenue passer sa retraite dans la maison familiale d'au moins 300 ans. Une maison figée dans le temps. A peine je pénètre, malgré la pénombre, je me sens plongé quelques années en arrière, ambiance années 50. Le grand buffet, la table et les chaises en formica. Malgré la sobriété des lieux, l'histoire est présente dans cet endroit. Elle a envie de parler. 30 mn plus tard et quelques bouteilles remplies (d'eau - elle voulait me proposer le pastis), j'essaie de repartir, mais elle continue ses histoires. Elle elle me dit à un moment "Dieu a de la bienveillance envers ceux qui le craignent (ou une phrase de ce genre, je ne souviens plus de la formulation exacte.). J'approuve pleinement...
C'est étonnant comment on peut rester attacher à des histoires familiales ancrées dans un lieu. C'est un lien concret qui parfois unit (ou désunit) les familles. Pour cette grand-mère, aller ailleurs était inimaginable.
Dommage, elle ne voudra pas que l'on se prenne ensemble en photo. 

Je continue ma route pour trouver "l'hôtel" de ce soir. Après une hésitation près d'un champ de maïs, ce sera finalement à coté du canal. Je déballe mes affaires, fait chauffer de l'eau et commence à manger  (riz, et fromage fondu). A ce moment, je me rends compte que le troupeau de vaches qui était au loin dans la prairie s'est rapproché. Et il avance encore. Une partie de la clôture étant inexistante, il se dirige vers moi pour arriver le long du canal. Et stoppe à deux mètres. Je me prépare à sortir ma bombe antiagression, ma pelle, mon couteau. Elles n'ont pas l'air trop méchantes, mais il y a quand même du monde… Elles s'arrêtent net et restent immobiles sur place un long moment. Intriguées par ce vélo-couchette, et menacées par Foxy, ce ne sera pas la peine d'user de la force. De toute façon je ne faisais pas le poids. Et l'épisode se termine là, heureusement pour moi. Me faire charger par un troupeau de vaches dans le Jura, ce serait quand même dommage.
Je vais enfin pouvoir faire mon ramadan ce soir… ne vous inquiétez pas, c'est juste pour la cuisine. Un bon petit plateau de pâtisseries orientales, acheté 2 jours plus tôt, avec un thé à la menthe. Au bord du canal, dans un cadre bucolique, c'est pas beau la vie ? Bon, il n'y a pas de douche. Mais comme je suis tout seul, personne ne va me dire "Mais tu pues la transpiration !".
Demain sera un nouveau jour.


25 Juillet : Roche les Beaupré - Grandvillars

110 kms / 5h30 / 220 m

Encore une longue journée qui s'annonce. Réveillé tôt, je prends mon petit déjeuner à 5h30, et je profite du magnifique lever de soleil dans la campagne. Vers 8h je suis prêt à démarrer. Direction Montbéliard. Cela prends du temps de ranger et démonter sa maison tous les matins, et réinstaller toute sa vie pour 2 mois sur un vélo. Vous avez déjà essayé ? 
Voyage tranquille mais rapide le long de la magnifique véloroute. J'aurais aimé en profiter un peu plus, mais on m'attend. D'ailleurs il me semble que le planning prévu est peut-être un peu juste. j'ai l'impression que le nombre de kilomètres va être plus important. Alors il vaut mieux prendre un peu d'avance. Verdict dans quelques semaines.

J'ai rendez-vous avec une journaliste à Montébéliard. Après quelques difficultés à situer ma position, on se retrouve dans le parc au centre-ville. Séances photos (pour certains c'est 2 photos vite fait, pour elle quelques dizaines, en 4 ou 5 endroits différents, et aussi en roulant). Elle écoute attentivement tout ce que je lui raconte, sur mon projet, mon périple, le soutien pour l'école, et mes relations passées avec la région. J'ai oublié de lui dire qu'à une époque je venais régulièrement de Reims pour répéter et jouer avec un groupe (Good News). A son accent je devine qu'elle n'est pas de la région (vous avez déjà entendu l'accent de Montbéliard ?). Elle vient de Nîmes.
Quelques jours plus tard je découvrirais que ma photo sera même en couverture du quotidien ! (voir page Médias).

Je reprends ma route dans la chaleur, direction Grandvillards pour passer la soirée chez des amis. Je me retrouve dans leur propriété, au bord de la piscine. Je tente de me baigner, mais l'eau est trop froide (il me faut au moins 28°…). 
Ils avaient déjà un programme prévu et ce sont pas là à mon arrivée (c'était prévu), mais je les verrais quand même un peu plus tard. D'ailleurs c'est avec eux que je sévissais dans le fameux groupe. Nous finissons la soirée à évoquer les souvenirs de "vieux combattants musiciens". Lui est déjà (officiellement) à la retraite depuis quelques mois.

Petite note pour ma femme :
Tu vois l'encadré rouge ? Oui, je m'en sers régulièrement, même si je n'aime pas ça.
(pour les autres, c'est de la crème solaire).

Merci Raymond et Ruth pour l'accueil, et le pique-nique pour le lendemain. En partant, Ruth me partage un petit encouragement pour la suite : les mêmes paroles que quelqu'un m'avait données le dimanche avant de partir. Quelle coïncidence !

Rétrospective. Un mois avant le départ, je n'en menais pas large. J'étais allé voir en urgence mon médecin, car j'avais le problème du genou qui ressortait d'une manière un peu différente. Il m'a mis sous anti-inflammatoires. Comme je l'ai déjà partagé, quasiment à chaque fois lors des grandes échéances j'ai un problème de dernière minute. Mais je ne vais pas me laisser arrêter par ce genre d'obstacles. Il faut aller de l'avant et voir l'objectif. Malgré tout des questions ont surgit, mais cela ne m'a pas empêché de partir. Je me souviens du premier médecin que j'avais consulté avant mon premier marathon (c'était la première compétition de ma vie en course à pied) : il m'a plutôt découragé, et invité à faire quelque chose de plus court. J'ai changé de médecin. Mais c'est mon expérience personnelle, et chacun doit être convaincu de ce qu'il a faire. Ce qui est bon pour l'un n'est peut-être pas bon pour l'autre. Il faut apprendre à connaitre ses limites, mais aussi à réaliser ses rêves.


26 Juillet : Grandvillars - Mulhouse - Bâle
95 kms / 5h06 / 60 m

Me voilà reparti à la conquête de l'Est. Quelle différence entre les départements qui s'occupent du vélo et les autres (je ne veux dénoncer personne, mais l'Ain et le Jura… - je ne suis peut-être pas passé au bon endroit). Et voilà la frontière entre l'Alsace et le reste de la France. C'est quand même plus propre et net par ici… La Suisse n'est pas loin.

En route pour l'interview à Mulhouse, ville par laquelle je n'avais prévu de passer. Mais face à cette opportunité, c'était dommage de ne pas y aller. En pédalant, je réfléchis à mon passé dans cette région (on a le temps quand on est sur la selle, euh, sur la couchette…). Et plus j'avance, plus je me rends compte que ce passage à Mulhouse est vraiment une étape indispensable, voir obligatoire. Je réalise que c'est là que j'ai appris à faire du vélo : me voilà presque 50 ans plus tard pour une nouvelle histoire de vélo. C'est dans cette ville que j'ai commencé ma formation musicale : c'est devenu mon activité professionnelle. Et plus encore, c'est là que j'ai vécu ma première aventure à vélo, tout seul (déjà…) vers l'âge de 10 ans. Un jeudi, mes parents étant absents, j'avais décidé de partir tout seul pour aller voir une amie de la famille, Marlyse, à Guebwiller (20 kms). Le vélo que j'avais était un vélo d'adulte, style "routier". J'avais besoin d'un trottoir ou d'une marche pour m'installer sur la selle, car j'étais trop petit… Donc il fallait anticiper aux carrefours et feux rouges pour ne pas avoir à s'arrêter. Je suis parti tout seul, sans prévenir quelqu'un. Et je suis arrivé chez elle sans encombres. Je me souviens juste du franchissement d'un passage à niveau, ou j'ai eu peur de rester coincé avec mon grand vélo... Je devais sûrement déjà aimer relever des défis et prendre des risques en voyageant.

C'est aussi dans cette ville que j'ai commencé mes années de lycée en 6eme, avec allemand en première langue (par contre ce choix n'a pas été très utile. A Agen, notre ville suivante d'adoption, quasiment personne ne parlais allemand…). Tous ces souvenirs se bousculent dans ma tête. Et aujourd'hui, je m'y rends pour une interview dans le journal l'Alsace. Vous ne pouvez pas imaginer ce que cela représente, le fait de passer dans ce quotidien, que ce soit pour 4 lignes ou une page. Mais c'est une autre histoire. En arrivant, je comprends que cela aurait été une erreur de ne pas y passer, et j'aurais manqué un moment important de mon voyage et de ma vie.

Perdu dans mes pensées, je vois à peine au bout d'une ligne droite un cycliste me faire des grands signes de la main. Je m'arrête, il me serre la main et me dit : "Je suis le photographe de l'Alsace". Nous allons faire 15 kms ensemble durant lesquels il va s'arrêter régulièrement pour prendre des photos. Il peste contre son chef qui lui a donné un petit appareil compact, dans la précipitation et pour ne pas le charger à vélo. Il regrette son super réflex pro. Et arrivé sur Mulhouse, la batterie est vide ! Il viendra nous rejoindre plus tard avec son "vrai" appareil pour terminer son reportage dans de meilleures conditions.

La journaliste me rejoint devant la gare. Quand j'avais appelé hier, j'avais eu quelqu'un qui avait crié à la ronde dans le bureau de rédaction "Quelqu'un est au courant pour un voyageur à vélo couché ?" Et j'avais entendu une voix dire "Je prends, je prends" Pourquoi tant d'empressement ? Et bien figurez-vous que cette journaliste tient une rubrique hebdomadaire tout l'été, dans la version régionale et en dos de couverture, sur les voyageurs à vélo. Je ne pouvais mieux tomber. Elle est enchantée. Elle commence à me poser des questions, et propose de manger quelque chose. Nous passons une commande (quand le serveur a bien voulu venir), et au moins 3/4 d'heure plus tard les plats arrivent : ce n'est pâtespas ce que j'ai commandé. On ne va pas faire le difficile, s'il faut encore une heure pour le changer… De toute façon, ce sont des pâtes, et c'est bon pour le cycliste. Je lui partage toute ma vie sur Mulhouse, et tous les détails du voyage. Nous resterons plus de 2 heures ensemble (faut dire aussi qu'avec le service hyper rapide du buffet de la Gare de Mulhouse - une adresse à ne pas retenir…)
L'article paraitra dans 2-3 semaines.

Vite, départ pour le prochain rendez-vous : visite chez Phare FM, partenaire radio de Sephora. Ils sont tous surpris de me voir arriver avec mon engin. Merci les amis pour vos encouragements !
Avant de passer la frontière, il faut absolument que je règle mes problèmes de connexion blog et téléphone. Pour ce dernier, ce sera résolu au bout d'au moins 1h30 avec Orange au téléphone. Et pour le blog, il y a des soucis imprévus, mais ça à l'air de se mettre en place. Merci à Phare FM de m'avoir permis de squatter un bureau et un téléphone de manière imprévue.
Jonathan (un des animateurs) se souvient de m'avoir vu faire la sono pour la tournée de JUDE 25 au Québec (je n'étais peut-être même pas marié…) et cela l'avait marqué : mon exemple lui a donné envie de s'engager dans ce domaine. Pourtant c'est la seule fois de ma vie ou j'ai fait la sono dans une tournée !!
Tout ce que nous faisons ou disons dans notre vie, en bien ou en mal, peut avoir une importance pour ceux qui nous côtoient, même si pour nous c'est un acte ou une parole banale. Essayons d'être des exemples dans le choix de nos paroles et surtout de nos actions, mêmes anodines et même si personne ne les voit. Ce n'est pas toujours facile, mais c'est un objectif à poursuivre pour que notre vie puisse être utile et aider les autres.

(désolé, je n'ai pas encore trouvé moyen de mettre cette photo à l'endroit, le logiciel ne veut pas et je n'ai pas le temps de chercher. 
On dira que c'est pour me venger, n'est-ce pas Jerry… ?)

Finalement, je quitte Mulhouse vers 18h, heure à laquelle j'étais attendu à Bâle, distant de plus de 40kms. Il va falloir encore foncer. Heureusement en route, j'ai un coup de fil de Gabriel qui me dit qu'ils ne seront pas chez eux avant 20h30. Tout s'arrange, les journées sont encore longues et c'est tant mieux.

Le voyage est régulièrement entrecoupé de rencontres dès que je m'arrête. Ici avec des jeunes à Huningue et leur magnifique vélo (pignon fixe) , il montre bien ma carte….

Je prends alors mon temps pour quelques photos et me restaurer. J'en avais besoin. Et c'est avec une grande fierté que je passe la première frontière à vélo. Une nouvelle expérience, mais qui ne veut plus dire grand chose aujourd'hui : plus de contrôle, car nous sommes dans l'espace Shengen. J'essaie de trouver ma route pour rejoindre le domicile de Gabriel, un cyclovoyageur contacté par le site d'accueil mutuel des voyageurs à vélo (warmshowers). On ne se connait pas mais on se reçoit les uns les autres dans le monde entier. C'est sympa. Il habite dans un immeuble au centre ville, avec sa femme et leur petit garçon de 7 mois. Un accueil super sympa, et nous finissons la soirée à discuter sur le balcon. Je l'aide à remettre à jour son français.


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