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ALLEMAGNE

Pour voir l'itinéraire :
PARCOURS global


29 Juillet : Stahringen - Sigmaringendorf
96km / 6h02 / 850 m
Vitesse maxi : 73 km/h / Passage à 800 m d'altitude

Au petit matin, j'entends un bruit continu qui me parait lointain. Je pense dans mon demi-sommeil que c'est la route qui est à quelques centaines de mètres. Mais non ! Je découvre deux armées qui ont fait le camp.
Une escadrille volante : des moustiques agglutinés dans mon abside, et le bruit que j'entendais, c'est le bourdonnement de ces insectes. Il ya également un bataillon rampant de limaces. Quelle coordination ! Ils ont même essayé d'attaquer Foxy. Il y en a une qui est quand même arrivée à quelques centimètres. C'était la peur de sa vie pour Foxy. Ses oreilles n'étaient pas assez grandes pour cacher ses yeux effrayés. Il en a fait un cauchemar, en plus de l'orage qui a sévit. 


On range la tente mouillée, et c'est le départ. C'est dimanche, et les routes sont désertes. Ca fait drôle de rouler un dimanche matin, mais rien trouvé pour faire la pause habituelle...

Après un passage dans les hauteurs, j'arrive enfin dans la ville de Tuttlingen, ou je vois une petite rivière. En m'approchant, je découvre que c'est le fameux Danube. Enfin le voilà. Mais il est tout petit ! J'imaginais le Danube, le grand fleuve dont on parle tant. Mais pourquoi ne pas lui laisser le temps de grandir ? Je suis un peu déçu. Cela m'amène à ma petite méditation du jour….

On est de plus en plus habitué à tout avoir rapidement, à refuser de laisser du temps au temps, et parfois on brule les étapes. On ne laisse plus les enfants vivre leur enfance. On les formate pour qu'ils grandissent trop vite. Nous sommes conditionnés pour exiger l'immédiateté, en oubliant de prendre le temps de vivre. Et moi je voudrais exiger que cette rivière soit tout de suite grande, alors qu'elle vient de naitre ? Laissons la nature suivre son cours. Quand on la dérange elle reprend ses droits, parfois à nos dépends. Le voyage à vélo permet de relativiser le temps. Depuis que je fais du vélo couché, j'utilise de moins en moins ma voiture, et je me rends compte qu'on est pas toujours obligé de courir après le temps. 10-15 mn de plus pour aller faire une course ou à un rendez-vous, ça ne va pas changer la vie. Et de plus c'est bon pour la santé. 

Ce sera ensuite probablement la partie la plus sympa de ce chemin le long du Danube (en tous cas pour l'Allemagne)

Un petit détour à Sigmaringen pour jeter un coup d'oeil à la ville et au château, arrêt ravito pour manger une pizza (turque, faite par des turques).

Je cherche ensuite un lieu pour reposer ma monture et mes muscles. J'essaie de voir un hôtel, mais c'est un peu cher et ils n'ont pas de connexion internet. Donc je poursuis le chemin. Sur la route, j'interroge un famille en balade et ils me disent qu'il y a une chambre d'hôte dans le prochain village, la maison "Arc-en-ciel". Je suis la direction, et j'arrive dans une maison sympa. Regardez la voiture…

Une nouvelle pizza (3h après l'autre - italienne, mais faite par des turques…)

Je vais profiter d'une bonne nuit dans un vrai lit. Ceci dit, ça ne me manque pas (le lit).

30 Juillet : Sigmaringendorf - Wessingen
121 km / 6h03 / 250 m
Vitesse maxi : 33 km/h (sur le plat) 

J'ai profité de cet arrêt en chambre d'hôte pour faire la lessive, sécher la tente, et mettre à jour le blog car il y avait une connexion hi-fi (c'était aussi le but le l'arrêt technique). Ce qui fait que le départ est tardif, et je décolle à 11h sous un beau soleil.

Parcours très sympa le long du Danube, alternant entre chemins dans la forêt, dans les champs, et le long du fleuve. Il y a pas mal de monde. Mais il faut prendre une déviation obligatoire pour vélos. Elle va durer au moins 20 ou 30 kms. Je comprends pourquoi au bout d'un moment. Je vois des arbres déracinés, décapités, des branches de partout, des bucherons au travail. Sur au moins 30 kms des endroits très ponctuels sont dévastés. J'apprendrais plus tard que la région a subi une tempête 2 semaines plus tôt. 

J'avance bien et j'arrive en fin d'après-midi à Ulm, une grande ville. C'est souvent impressionnant d'arriver par une voie vélo dans une grande ville. En 3 minutes on passe de la campagne à la ville, il n'y a pas tous les quartiers à traverser. Je fais un petit détour par le centre ville pour admirer les bâtiments. Deux jeunes m'accostent dont un qui me parle en français. Il se débrouille très bien d'ailleurs. On discute un moment, et me dit qu'il va se connecter sur ma page facebook. Merci Samy et Denis.

J'hésite à continuer un peu plus loin dans la ville (je ne suis pas en avance), et finalement je vais faire un petit tour. Rouler dans les rues piétonnes avec cet engin, pas vraiment discret. Au loin j'entends de la musique, qu'il me semble reconnaitre. Je m'y dirige et là je vois, sur l'immense place devant la cathédrale un concert. Mais oui, je connais ces chants ! C'est en anglais, version originale. Je m'arrête un moment pour parler avec une choriste, et avec des responsables du spectacle. 

Il est presque 19h, il faut faire des courses pour le repas, trouver un lieu pour dormir, et faire le plein d'eau. Et il faut que je passe quand même les 1000 kms ce soir...

Quand  je parle de mon parcours, la réaction est souvent l'étonnement, la stupéfaction, voir l'incrédulité. C'est vrai qu'il faut être un peu fou pour partir dans une telle aventure. Mais ce n'est pas logique après la Diagonale des Fous de l'année passée ?


J'avance et passé les 1000 kms, je cherche à m'arrêter pour la nuit. Il est déjà 20h30. Je me rends compte que j'ai oublié de recharger l'eau. Pour faire la soupe, ça va être difficile. Je me souviens alors d'avoir dépassé la caserne des pompiers. N'est-ce pas un endroit rêvé pour aller chercher de l'eau ? Je m'y rends et j'arrive sans crier gare au milieu d'une réunion à l'extérieur, probablement une formation. Le responsable interrompt son cours en se demandant certainement d'où je sors. "Wasser ?" 2 pompiers arrivent et me donnent des bouteilles d'eau minérale. Je leur montre mes gourdes. Alors l'un d'eux, qui parle anglais, me prend en charge et on discute un peu. Il me demande si j'ai besoin de rien d'autre, et me propose des bonbons et chips car ils venaient de manger. Il parle un peu français, et me dit que plus jeune (il a la trentaine…) il est parti d'ici, en vélo, pour aller à Marseille et revenir par l'Italie et la Suisse. Je lui demande un endroit pour dormir, il m'emmène dans le PC pour voir la carte et me conseille d'aller à coté d'un lac pas très loin d'ici. Je suis ses conseils, et retrouve grâce à lui la route vélo que j'avais perdue en arrivant. Merci les pompiers allemands !


Je prends rapidement une photo avant de partir pour immortaliser ce moment, de l'eau chez les pompiers, avant de m'éclipser discrètement (mais ça ce n'est pas possible) au milieu de leur réunion. Quelques kms plus loin je trouve un endroit sympa, un parc de loisirs, avec vue sur le lac, sur une pelouse bien plane. Je m'installe et le je me fais dévorer par les moustiques, au travers de mes vêtements. Une dizaine de piqures. C'est la première fois de ma vie que je subis une telle attaque. Des années que je ne me suis pas fait piqué. Même en Afrique ou dans les Everglades de Floride je n'ai pas subi ça. Ce doit être mon sang trop frais qui les attirent… Les mollets me démangent. Ils me démangeront plus d'une journée. Il y a encore les traces, huit jours plus tard.


                 Pas de clairette pour fêter les 1000 kms...


31 Juillet :  Wessingen - Ingolstadt

143 km / 7h57 / 390 m 

Réveillé comme d'habitude vers 5h30 - 6h00, je profite du lever de soleil dans ce parc, ou je suis tout seul, mais plus pour longtemps. Quelques instants plus tard, j'entends un bruit de machine. Ce sont les employés de la commune qui viennent avec leur tracteur tondre la pelouse. Bon, on va pas traîner, juste le temps d'immortaliser la scène.

Je continue l'Eurovélo 6, mais qui n'a pas trop ce nom par ici. C'est plutôt Daunauradweg, ou R1. Je croyais que cette voie pour vélos était exclusivement pour les vélos. Qu'on allait rouler le long du Danube, et qu'il y aurait juste à tendre la main pour toucher l'eau. Qu'il y aurait des aires de repos, glaçons, boissons, hôtesses d'accueil. Mais non, je me faisais encore pleins d'illusions. Je suis un peu naïf. C'est vrai, il y a des segments très jolis, comme ceux de deux derniers jours. Mais aujourd'hui c'est plutôt visite des champs de maïs et des villages allemands. Un petit peu ça va, mais au bout d'un moment, on a vu. Je ne suis pas passé par là pour voir les vaches allemandes. Mais bon, pas le choix. J'ai l'impression de faire des tours et détours. Je suis les panneaux, car je n'ai pas de carte détaillée. D'ailleurs ce matin, à un moment j'ai eu un doute. Alors que je m'arrête et que je veux faire demi-tour pour reprendre un autre chemin, un homme sur un gros scooter s'immobilise au milieu de la route pour me dire "Non, c'est par là-bas" et il disparait aussitôt. Ce sera mon ange gardien GPS de la matinée…

Je suis parti avec quelques copies de cartes routières pour voiture (merci Mic et Céline), mais uniquement les parties qui me concernent. Dans le détail, c'est parfois un peu plus compliqué. J'ai refusé de prendre encore un GPS de guidage : plus d'électronique à surveiller et à recharger. Et puis de toute façon, la Catherine du GPS, il faut l'interpréter… Alors autant partir à l'aventure complètement. Et se fier à son sens de l'orientation, en observant le soleil, le fleuve, le sens du courant, les traces de vélo, tout ce qui permet de suivre le bon chemin. Et les panneaux bien sûr, qui sont la plupart du temps assez efficaces pour le moment.
J'atteins la ville de Ingolstadt, et décide de m'arrêter dans les environs. Recherche d'eau, et d'un endroit pour passer la nuit. Je me pose dans un champ derrière un bosquet, à 10m de la piste et pas très loin des habitations. Je commence à déballer mon matériel et là je sens des piqûres au pieds et jambes. Alors, c'est quoi aujourd'hui, encore des moustiques qui m'en veulent ? Eh bien ce sont des fournis rouges. Je regarde, et je me suis juste installé sur leur passage ! Evidemment, personne n'aime être dérangé. Alors je me décale d'un mètre pour les laisser tranquilles, et ça sera beaucoup mieux…


Le soleil couché, je contemple la pleine lune assis à l'entrée de ma tente. Je réalise que c'est le premier moment de répit et de contemplation depuis le départ. Je n'imaginais pas avoir un tel rythme. Mais c'est beau. Avec le fond musical de quelques crapeaux, les champs verts devant, les oiseaux et la lune, on s'évade. Pas besoin de télé.

D'ailleurs, qu'est-ce qui se passe dans le monde ? Je ne sais plus… Même pas eu le temps de lire ou écouter les documents que j'avais téléchargé sur mon ordi avant le partir. Quelle vie !!

Mercredi 1er  Août : Ingolstadt - Straubing
135kms / 7h34 / 80 m

Réveil sous un magnifique soleil. Les fourmis rouges ont laissé leurs traces sur mes pieds… Après mes activités habituelles, je reprends tranquillement la route pour retrouver la trace de la 6, que j'avais un peu délaissée la veille, pour prendre un"raccourci" par la route normale (mais avec une piste cyclable). Les villages allemands, ils sont beaux et propres, mais c'est pas la peine d'en voir à longueur de journée...


Après la traversée de la ville, je retrouve la voie mais à moment je n'en suis plus sûr. J'avance quand même pour retrouver un chemin le long du Danube, et j'aperçois quelques engins militaires. Je me retrouve ensuite devant une interdiction de passer, et des barrières au loin. Je prends donc une route à droite, une avenue dirait-on. Et un peu plus loin je me retrouve carrément au milieu de ce qui doit être un centre d'entrainement militaire pour le génie civil : bulldozers, pelle-mécanique, et autres énormes engins. J'avance mais j'ai comme l'impression que ma présence intrigue… il me semble que ce n'est pas la bonne voie. Je vois un militaire assis, et je lui demande la direction.  "Vous êtes ici en zone interdite, comment avez-vous fait pour arriver ? Pour retrouver la route ? Faites-demi tour et reprenez votre chemin". OK, je ne discute pas. Si jamais il prenait l'envie au bulldozer que je viens de frôler de me chercher des noises…  mais je crois que je serais quand même plus rapide.

Je rebrousse chemin et croise un couple. Je leur fais signe d'arrêter pour leur dire que le chemin est coupé. C'est un couple suisse avec un enfant de 3 ans (dans la remorque) et on échange en français. Quelques minutes plus tard, d'autres cyclistes locaux arrivent. On explique le problème. il conseillent de reprendre le pont un peu plus loin. On discute, et d'autres cyclistes arrivent. Embouteillage grâce au français. On se croirait sur le périphérique… Mais les derniers arrivés nous rassurent et nous disent que le chemin n'est pas complètement fermé. On peut y aller. Effectivement, il y a un petit passage sur le coté que je n'avais pas vu de loin. Fallait savoir.

On continue alternant voie et route. Je retrouve les amis suisses en début d'après-midi. Comment sont-ils arrivés avant moi là ?? On discute un peu, et ils me disent que plus loin il y a des grosses montées, mais la possibilité de prendre le bateau. Une croisière sur le Danube ? Mais bien sûr, on fera une entorse au voyage pour ces quelques kilomètres sur l'eau. Je n'ai pas de carte détaillée, alors je ne savais pas. La plupart ont leur carte ou connaissent, et ne sont pas pris de court. Au moins j'ai droit à des surprises tout le long de la route.

Je prends donc mon billet et c'est parti. Enfin ! Voilà le Danube comment je l'avais imaginé. Ce grand fleuve large, bordé de collines, plages, rochers et forêts qui plongent au bord de l'eau. Je ne regrette pas tous ces kilomètres pour admirer ce paysage. On ne peut pas tout avoir sans se donner un peu de peine quand même. 

Mais est-ce qu'un bonheur doit toujours se mériter ? Peut-être pas…


Le soir je cherche un camping pour une halte technique. J'en trouve un. Pas de connexion internet. J'en cherche un autre. Là non plus. Il est tard, donc j'y reste. Cela me donne l'occasion de tester un "vrai camping officiel". 

Pour le confort, oui c'est un peu mieux quand même. Pas besoin de surveiller la quantité d'eau utilisée de ma petite gourde sur le vélo pour se laver. Pour le bruit, c'est pareil voir pire que d'autres lieux de bivouac. Pour les moustiques, idem (il y en partout en Allemagne ?). Pour l'emplacement, à part le fait qu'on a pas à chercher, ça ne change pas grand chose. Et pour le prix, bien sûr pas de comparaison…

Donc le "vrai" camping, pas toujours utile et rentable, mais agréable.


Jeudi 2 Août : Straubing - Frontière
125 kms / 6h16 / 90 m

Départ tranquille du camping, après rangement habituel de tout le matériel. Comme le soleil s'est levé tôt, le séchage peut se faire de suite. Je découvre que mes voisins de l'autre côté de la haie sont français. Une famille en voyage (à vélo) avec 3 enfants. Ils sont partis de Besançon pour aller jusque Vienne. 


En fin de journée, je cherche à nouveau un endroit pour planter ma tente. D'abord il faut remplir les réserves d'eau. Mon choix s'arrête sur une maison dans un village et je sonne à la porte. Une petite dame ouvre et m'emmène dans sa cuisine pour me servir. Quelques instants après que je sois sorti, elle revient et me tend un sac avec quelques pommes et un gros gâteau. Avec un grand sourire (on ne se comprend pas). Quelle attention délicate. Ca réconforte après une longue journée, ce petit geste tout simple, qui en soit ne représente pas grand chose, mais qui est plein de gentillesse et de tendresse, et qui va droit au coeur. C'est un de ces bons souvenirs de voyage (pour la petit histoire, le gâteau je ne l'ai même pas mangé, je l'ai offert le lendemain chez mes hôtes).

Je continue et j'aperçois un verger qui me semble intéressant pour bivouaquer. Je vois pas mal de ruches, mais il me semble qu'elles sont là pour le décor. Je m'engage sous les arbres un peu péniblement dans l'herbe avec mon lourd vélo. Et je commence à être entouré de drôles de bêtes. Je crois que ce sont des taons. Mais ou bout d'un moment je me rends compte que ce sont des abeilles. Elles sont fines et noires. Une variété spéciale. Il y en a des dizaines… Mais alors ce sont des vraies ruches, et des vraies abeilles !!!  Plusieurs escadrilles à l'attaque… Je plante là mon vélo et m'enfuis en courant, le temps de me débarrasser de ces bestioles. Je reviens ensuite aussi vite que je peux et pousse mon vélo hors de la zone. Ouf ! Je l'ai échappé belle ! Pas une piqure.

Je continue ma quête d'un lieu et 5 minutes plus loin je vois une tente sur la droite au bord du Danube. "Hello, do you speak english ?" Non, ce sont des français ! Je m'installe à coté d'eux. Ils me font remarquer que nous sommes à peine à 5 m de la frontière autrichienne, et je ne l'avais pas remarqué.

Ils sont de Nantua, et ont pris une année sabbatique pour voyager. D'abord à vélo, jusque Istanbul; ensuite retour en Farnce pour repartir, à pied, pour St Jacques de Compostelle. Dans la discussion, ils me disent qu'ils ont participé à la venue de Glorious dans leur région. Et puis le mari, boulanger, me parle de trail, et parle de sa participation à celui de Buis-les-Baronnies, en avril 2011. J'y étais aussi ! et nous avons fait le même parcours. Donc on s'est déjà rencontré sans se connaitre. Incroyable ! Et on se retrouve là au bord du Danube à plus de 1000 kms, au même moment…

Dans la nuit, un orage m'oblige à me lever rapidement car je n'avais pas arrimé ma tente, pour gagner un peu de temps. Ce n'était pas une bonne décision ce soir...


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